📋 En résumé
- L’« assurance maternité » suisse n’est pas un contrat privé mais un droit légal : l’allocation de maternité (APG), régie par la LAPG.
- Elle dure 14 semaines (98 jours) et compense 80 % du revenu, plafonné à CHF 220.– par jour.
- Y ont droit les salariées, indépendantes et certaines chômeuses ou personnes en incapacité de travail, sous conditions de cotisation AVS.
- Genève applique un régime cantonal complémentaire portant le congé indemnisé à 16 semaines.
- Au-delà du plafond légal, des solutions privées (assurance perte de gain maternité, complémentaires LCA) permettent de compléter la couverture.
Assurance maternité en Suisse : congé, allocation et démarches (2026)
En Suisse, il n’existe pas d’« assurance maternité » que l’on souscrirait librement : la protection financière des mères qui travaillent repose sur un régime légal, l’allocation de maternité (APG), complété dans certains cantons comme Genève. Ce guide explique qui y a droit, combien elle rapporte, comment la demander et dans quels cas une couverture privée complémentaire a du sens.
Réponse courte
L’assurance maternité en Suisse correspond à l’allocation de maternité (APG) : elle verse, pendant 14 semaines (98 jours) après l’accouchement, 80 % du revenu moyen réalisé avant la naissance, avec un plafond de CHF 220.– par jour. Les salariées et indépendantes y ont droit si elles ont cotisé à l’AVS au moins neuf mois avant la naissance, dont cinq mois d’activité lucrative. À Genève, un régime cantonal ajoute deux semaines supplémentaires.
| Aspect | Détail |
|---|---|
| Base légale | LAPG (RS 834.1), art. 16b à 16h |
| Prestation | Allocation de maternité (AMat), versée par le régime des APG |
| Durée fédérale | 14 semaines, soit 98 jours dès l’accouchement |
| Montant | 80 % du revenu moyen, plafonné à CHF 220.– par jour |
| Conditions | 9 mois d’assujettissement AVS avant la naissance, dont 5 mois d’activité lucrative |
| Régime cantonal | Genève : +2 semaines (16 semaines au total) |
| Financement | Cotisations paritaires employeur/salariée au régime APG |
Sommaire
- Qu’est-ce que l’assurance maternité en Suisse ?
- Qui a droit à l’allocation de maternité ?
- Durée du congé maternité
- Montant de l’allocation et exemples de calcul
- Le régime cantonal genevois
- Frais médicaux : ce que couvre la LAMal
- Protection de l’emploi et du 2e pilier
- Comment demander l’allocation
- Limites de la couverture légale et solutions privées
- Erreurs fréquentes à éviter
- Notre méthode d’analyse et sources utilisées
- FAQ
Qu’est-ce que l’assurance maternité en Suisse ?
Le terme « assurance maternité » regroupe en réalité plusieurs dispositifs distincts. Le principal est l’allocation de maternité (AMat), une prestation du régime des allocations pour perte de gain (APG), prévue par la loi fédérale sur les allocations pour perte de gain en cas de service et de maternité (LAPG, RS 834.1). Elle remplace une partie du salaire pendant le congé, mais ne couvre pas les frais médicaux : ceux-ci relèvent de l’assurance-maladie obligatoire (LAMal). S’y ajoutent, selon le canton et l’employeur, des prestations complémentaires cantonales ou contractuelles.
À ne pas confondre avec l’assurance prénatale : les deux termes se recoupent dans le langage courant, mais répondent à des logiques différentes.
| Critère | Assurance maternité (ce guide) | Assurance prénatale |
|---|---|---|
| Concerne | La mère | Le futur bébé |
| Période couverte | Grossesse et période post-partum | Avant la naissance, par anticipation |
| Base juridique | LAPG (allocation) et LAMal (frais médicaux) | Assurance complémentaire privée (LCA) |
| Condition d’accès | Cotisations AVS et activité lucrative de la mère | Aucune condition liée au revenu ou à la santé de la mère |
| Objectif | Compenser le salaire pendant le congé et couvrir les frais médicaux de la grossesse | Garantir par avance une couverture complémentaire au nouveau-né |
Qui a droit à l’allocation de maternité ?
Le droit à l’allocation de maternité s’ouvre pour toute mère qui, au moment de l’accouchement, exerce une activité lucrative en tant que salariée, indépendante, ou qui travaille dans l’entreprise de son époux ou partenaire enregistré contre un salaire en espèces. Les chômeuses indemnisées et les personnes en incapacité de travail pour maladie, accident ou invalidité (avec indemnités calculées sur un salaire antérieur) peuvent également en bénéficier.
Deux conditions cumulatives doivent être remplies : avoir été assujettie à l’assurance AVS pendant les neuf mois précédant la naissance, et avoir exercé une activité lucrative pendant au moins cinq mois durant cette période. En cas de naissance prématurée, ce délai est réduit (six mois si l’accouchement survient avant le 7e mois de grossesse, sept mois avant le 8e, huit mois avant le 9e). Les périodes d’emploi et d’assurance accomplies au Royaume-Uni ou dans un pays de l’UE/AELE comptent aussi dans ce calcul.
Frontalières : le droit à l’allocation de maternité suisse dépend de l’assujettissement à l’AVS en Suisse, pas du lieu de résidence ni du lieu d’accouchement. Une salariée domiciliée en France ou dans un autre pays de l’UE/AELE mais employée en Suisse peut donc y avoir droit si elle remplit les mêmes conditions de cotisation, sous réserve des règles de coordination européenne applicables à sa situation.
Durée du congé maternité
Le droit aux prestations s’ouvre le jour de l’accouchement et s’éteint au plus tard 98 jours plus tard, soit 14 semaines. Il prend fin de façon anticipée si la mère reprend une activité lucrative durant cette période. Le congé peut être prolongé de la durée de l’hospitalisation du nouveau-né si celle-ci dépasse 14 jours consécutifs après la naissance, dans la limite de 56 jours supplémentaires. Une prolongation de dix jours ouvrables au maximum est également prévue en cas de décès de l’autre parent dans les six mois suivant la naissance.
Montant de l’allocation et exemples de calcul
L’allocation correspond à 80 % du revenu moyen réalisé avant l’accouchement, avec un plafond de CHF 220.– par jour. Ce montant maximal est atteint dès un salaire mensuel de CHF 8’250.– pour une salariée, ou un revenu annuel de CHF 99’000.– pour une indépendante. Attention : réduire son taux d’occupation ou prendre un congé non payé avant l’accouchement peut diminuer le montant de l’allocation, puisque le calcul se base sur le revenu effectivement perçu.
| Situation | Calcul | Allocation totale (98 jours) |
|---|---|---|
| Salariée, revenu CHF 5’250.–/mois | 80 % de CHF 175.–/jour | CHF 13’720.– |
| Salariée, revenu CHF 8’430.–/mois | plafonné à CHF 220.–/jour | CHF 21’560.– |
| Indépendante, revenu CHF 27’000.–/an | 80 % de CHF 60.–/jour | CHF 5’880.– |
| Indépendante, revenu CHF 102’600.–/an | plafonné à CHF 220.–/jour | CHF 21’560.– |
L’allocation est soumise aux cotisations AVS, AI et APG, ce qui signifie qu’elle continue d’alimenter le compte individuel AVS et compte pour le calcul de la future rente. Si la salariée est au chômage au moment de l’accouchement, les cotisations à l’assurance-chômage sont également prélevées.
Le régime cantonal genevois
Genève dispose d’un régime cantonal d’assurance maternité qui complète la prestation fédérale. Le droit au congé payé s’étend sur 16 semaines : les 14 premières sont couvertes par l’allocation fédérale, et les deux semaines supplémentaires par le fonds cantonal de compensation. Selon le revenu, l’allocation genevoise complémentaire se situe entre un minimum de CHF 69.– et un maximum de CHF 329.60 par jour. Pour en bénéficier, il faut avoir exercé une activité lucrative sur le territoire genevois pendant au moins cinq mois au moment de l’accouchement. Ce régime est financé par une cotisation paritaire, fixée à 0,058 % du salaire déterminant AVS dès le 1er janvier 2026 (0,029 % à charge de l’employeur, 0,029 % à charge de la salariée).
Basé à Carouge, nous accompagnons régulièrement des futures mères genevoises
Pour vérifier vos droits cantonaux et estimer votre couverture réelle pendant le congé, parlons-en ensemble.
Estimer ma couverture →Frais médicaux : ce que couvre la LAMal
L’allocation de maternité ne couvre pas les frais médicaux. Ceux-ci relèvent de l’assurance-maladie obligatoire (LAMal), qui prend en charge, sans participation aux coûts ni franchise, les examens de contrôle de la grossesse, l’accouchement (à l’hôpital, en maison de naissance ou à domicile), ainsi que les conseils en cas d’allaitement et certains cours de préparation à la naissance. Cette prise en charge sans franchise s’applique dès la 13e semaine de grossesse jusqu’à huit semaines après l’accouchement. Pour un confort supplémentaire (chambre semi-privée ou privée, choix libre du médecin, sage-femme à domicile au-delà du minimum légal), une assurance complémentaire LCA peut être souscrite en amont de la grossesse, les complémentaires n’étant en principe pas garanties une fois la grossesse déjà en cours.
| Prestation | Prise en charge par la LAMal |
|---|---|
| Contrôles de grossesse | 7 examens de contrôle, plus 1 examen postnatal entre la 6e et la 10e semaine (art. 13 OPAS) |
| Échographies | 2 échographies pour une grossesse à évolution normale (11e-14e et 20e-23e semaine) |
| Accouchement à l’hôpital | Couvert en division commune, dans un hôpital figurant sur la liste du canton de domicile |
| Accouchement en maison de naissance | Couvert si l’établissement figure sur la liste cantonale |
| Accouchement à domicile | Couvert, avec l’assistance d’un médecin ou d’une sage-femme |
| Suivi post-partum à domicile par une sage-femme | Plusieurs visites prises en charge jusqu’à 56 jours après la naissance (art. 16 OPAS) |
| Cours de préparation à la naissance | Participation forfaitaire de CHF 150.– (cours avec une sage-femme, art. 14 OPAS) |
| Conseils en allaitement | 3 séances maximum, par une sage-femme ou un-e spécialiste formé-e (art. 15 OPAS) |
| Chambre privée ou semi-privée, libre choix du médecin | Non couvert par la LAMal, relève des complémentaires LCA |
Bon à savoir : depuis le 1er mars 2014, aucune franchise ni quote-part n’est due, même en cas de franchise élevée, pour l’ensemble des traitements (y compris ceux sans lien avec la grossesse) entre la 13e semaine de grossesse et 8 semaines après l’accouchement (art. 64 al. 7 LAMal). L’interruption de grossesse ne bénéficie pas de cette exonération.
Protection de l’emploi et du 2e pilier
Le Code des obligations (art. 336c CO) protège la salariée contre le licenciement pendant la grossesse et durant les 16 semaines qui suivent l’accouchement : un congé donné par l’employeur durant cette période est nul. Durant le congé maternité, la couverture accident (LAA) reste acquise et les primes sont prises en charge sans coût pour la mère. La prévoyance professionnelle (LPP) continue également aux mêmes conditions : le salaire coordonné reste en principe inchangé, sauf demande de réduction de la part de la salariée. Si l’employeur verse un salaire supérieur à l’allocation, il doit payer les primes LAA sur la différence.
Comment demander l’allocation
Si vous êtes salariée, la demande passe en principe par votre employeur, qui atteste la durée des rapports de travail et le salaire déterminant.
Les indépendantes, chômeuses ou personnes en incapacité de travail s’adressent directement à leur caisse de compensation avec le formulaire 318.750.
L’allocation est en principe versée à l’employeur, qui la répercute avec le salaire ; en cas de litige ou d’employeur insolvable, la caisse peut verser directement à la mère.
Limites de la couverture légale et solutions privées
Le plafond de CHF 220.– par jour représente une perte de revenu sensible pour les salaires supérieurs à CHF 8’250.– par mois : au-delà de ce seuil, l’allocation ne suit plus la progression du salaire. Certains employeurs choisissent de compenser volontairement la différence, parfois via une assurance perte de gain maternité complémentaire souscrite auprès d’un assureur privé, qui peut couvrir jusqu’à 100 % du salaire pendant le congé. Cette solution est également pertinente pour les indépendantes à revenu élevé, qui ne bénéficient d’aucun mécanisme de complément automatique. Nous recommandons de vérifier ce point avant la grossesse plutôt qu’une fois celle-ci engagée, certaines couvertures étant soumises à un délai de carence ou à des réserves.
Erreurs fréquentes à éviter
Trois erreurs reviennent régulièrement dans notre pratique de conseil : réduire son taux d’activité juste avant l’accouchement en pensant préserver ses droits, alors que cela peut faire baisser le montant de l’allocation ; confondre l’allocation de maternité (revenu) avec la couverture LAMal (frais médicaux), qui répondent à des logiques et des démarches différentes ; et attendre d’être enceinte pour chercher une complémentaire privée, alors que la grossesse en cours peut entraîner un refus ou une réserve.
À retenir
- Durée fédérale : 14 semaines (98 jours), 16 semaines à Genève
- Montant : 80 % du revenu, plafond CHF 220.– par jour
- Condition clé : 9 mois d’assujettissement AVS, dont 5 mois d’activité
- Ce qui n’est pas couvert : la part de salaire au-delà du plafond, et les frais médicaux (relevant de la LAMal)
Notre méthode d’analyse et sources utilisées
Consultation de la LAPG et de son règlement d’application sur Fedlex (fedlex.admin.ch).
Mémento 6.02 du Centre d’information AVS/AI, publié avec l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS, bsv.admin.ch).
Contrôle des montants et conditions du régime genevois auprès de l’Office cantonal des assurances sociales (OCAS, ge.ch).
Nous confrontons ces sources aux situations réelles rencontrées par Christophe Bouin auprès de futures et jeunes mères en Suisse romande.
FAQ : assurance maternité en Suisse
Qu’est-ce que l’assurance maternité en Suisse ?
Il s’agit de l’allocation de maternité (APG), une prestation légale qui compense une partie du salaire pendant 14 semaines après l’accouchement. Ce n’est pas un contrat privé, mais un droit encadré par la LAPG.
Qui a droit à l’allocation de maternité ?
Les salariées, indépendantes et certaines chômeuses ou personnes en incapacité de travail, à condition d’avoir été assujetties à l’AVS pendant 9 mois avant la naissance, dont 5 mois d’activité lucrative.
Combien de temps dure le congé maternité en Suisse ?
14 semaines, soit 98 jours, dès le jour de l’accouchement. Il peut être prolongé en cas d’hospitalisation du nouveau-né de plus de 14 jours, dans la limite de 56 jours supplémentaires.
Quel est le montant de l’allocation de maternité ?
80 % du revenu moyen réalisé avant l’accouchement, avec un plafond de CHF 220.– par jour, atteint dès un salaire mensuel de CHF 8’250.–.
Les indépendantes ont-elles droit à l’allocation de maternité ?
Oui, sous les mêmes conditions de cotisation AVS que les salariées. Le plafond de CHF 220.– par jour est atteint dès un revenu annuel de CHF 99’000.–.
Que se passe-t-il si mon salaire dépasse CHF 8’250.– par mois ?
L’allocation reste plafonnée à CHF 220.– par jour, quel que soit le revenu au-delà de ce seuil. La différence peut être compensée par l’employeur ou par une assurance perte de gain maternité complémentaire.
Le congé maternité est-il plus long à Genève ?
Oui. Le régime cantonal genevois ajoute deux semaines au congé fédéral, portant le total à 16 semaines, sous condition d’avoir travaillé sur le territoire genevois au moins 5 mois avant l’accouchement.
Puis-je perdre mon emploi pendant mon congé maternité ?
Non. L’art. 336c CO protège contre le licenciement pendant la grossesse et durant les 16 semaines suivant l’accouchement ; un congé donné par l’employeur durant cette période est nul.
Mon 2e pilier (LPP) continue-t-il pendant le congé maternité ?
Oui, la couverture LPP se poursuit en principe aux mêmes conditions, avec un salaire coordonné inchangé, sauf demande de réduction de la salariée.
Comment faire la demande d’allocation de maternité ?
Les salariées passent en général par leur employeur ; les indépendantes, chômeuses ou personnes en incapacité de travail s’adressent directement à leur caisse de compensation avec le formulaire 318.750.
Que couvre l’assurance maladie (LAMal) pendant la grossesse et l’accouchement ?
Sans franchise ni participation aux coûts, la LAMal prend en charge les contrôles de grossesse, l’accouchement et les conseils d’allaitement, dès la 13e semaine de grossesse jusqu’à 8 semaines après la naissance.
Existe-t-il une assurance maternité privée complémentaire ?
Oui, certains employeurs ou indépendantes souscrivent une assurance perte de gain complémentaire pour dépasser le plafond légal de CHF 220.– par jour, ainsi qu’une complémentaire LCA pour le confort hôtelier lors de l’accouchement.
Le père ou l’épouse de la mère a-t-il droit à un congé ?
Oui, un congé de paternité indemnisé de deux semaines existe séparément (également via les APG), et le congé de la mère peut être prolongé en sa faveur en cas de décès de celle-ci.
Une frontalière a-t-elle droit à l’allocation de maternité suisse ?
Oui, si elle est assujettie à l’AVS en Suisse et remplit les mêmes conditions de cotisation que les salariées domiciliées en Suisse. Le lieu de résidence ou d’accouchement n’entre pas en compte, sous réserve des règles de coordination applicables aux pays de l’UE/AELE.
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Conseiller indépendant en assurance et finance, diplômé AFA, FINMA F01395440
Christophe accompagne des particuliers et des familles en Suisse romande dans leurs décisions de prévoyance, d’assurance et de planification financière. Basé à Carouge (Genève), il intervient également dans les cantons de Vaud, Fribourg, Valais et Neuchâtel.
Sources vérifiées : OFAS (bsv.admin.ch), Fedlex (fedlex.admin.ch), République et canton de Genève (ge.ch)
